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De juillet à septembre 2020 au centre du Mali: 483 personnes tuées dont 108 des éléments de la FAMA

De juillet à septembre 2020 au centre du Mali: 483 personnes tuées dont 108 des éléments de la FAMA

Dans son dernier rapport trimestriel conformément à la résolution 2531 (2019), le Conseil de sécurité a prorogé jusqu’au 30 juin 2021 le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), le Secrétaire général, António Guterres s’est dit très profondément préoccupé par les conséquences du coup d’État du 18 août au Mali qui a conduit à la démission du Président, Ibrahim Boubacar Keïta, et à la dissolution du parlement. Et il condamne fermement l’ingérence des militaires dans la vie politique.

En effet, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres réitère son appel en faveur d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel. « Je constate que ces événements ont été en grande partie non violents et dénotaient l’existence de griefs tenant à la corruption, à l’aggravation de l’insécurité, au manque de participation à la vie politique et aux promesses non tenues d’amélioration sociale et économique de la vie du peuple malien », souligne-t-il. Pour lui, le vide politique est très préoccupant, car il risque de retarder la mise en œuvre de l’Accord et du programme de réformes, qui s’était déjà beaucoup ralentie au cours des mois précédents. Avant d’inviter donc instamment toutes les parties prenantes maliennes à œuvrer ensemble, dans un esprit de compromis, à l’instauration des conditions nécessaires à une transition consensuelle et inclusive.

Mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale

Ledit rapport du 29 septembre 2020 dernier, fait savoir que la crise politique a pratiquement bloqué la mise en œuvre de l’Accord. Le Comité de suivi de l’Accord a tenu sa quarantième session le 11 juin, avant les événements du 18 août. Les parties maliennes ont examiné les progrès qui avaient été faits dans la mise en œuvre de l’Accord et sont convenues de faire participer des femmes aux travaux du Comité. Concernant le redéploiement des Forces de défense et de sécurité maliennes reconstituées, réformées et inclusives, il précise qu’en juin, des progrès ont été faits dans l’achèvement de la phase de « rattrapage » concernant le désarmement, la démobilisation et l’intégration des 510 ex-combattants restants, pour un total initial de 1 840 ex-combattants, dans les Forces de défense et de sécurité maliennes. Au 12 juillet, 400 ex-combattants (dont 10 femmes) avaient été enregistrés, dont 215 à Tombouctou, 139 à Gao et 46 à Kidal. La Mission et l’équipe de pays des Nations Unies ont soutenu les activités d’enregistrement. Les ex-combattants seront formés, intégrés et déployés dès qu’un nouveau gouvernement aura approuvé le processus. Viendra ensuite le tour des 110 ex-combattants restants au cours de la prochaine étape du processus accéléré de désarmement, de démobilisation, de réinsertion et d’intégration. Ainsi, le SG évoque dans son rapport, les problèmes tenant à des désaccords entre les parties sur les modalités ont continué de se poser quant au déploiement à Kidal de la dernière compagnie d’un bataillon reconstitué qui se trouve actuellement à Gao.

Réformes constitutionnelles et institutionnelles

Faute d’un Parlement opérationnel, la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles a encore été retardée, explique le Secrétaire général de l’ONU. Les préparatifs des élections législatives partielles dans les régions de Ménaka et de Taoudenni ont également été interrompus. Ainsi, il indique que le Ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation a continué de travailler sur le dossier de la Zone de développement des régions du nord, mais la mise en œuvre a été interrompue du fait de la crise politique, le Gouvernement ayant cessé de bien fonctionner.

Stabilisation et rétablissement de l’autorité de l’État  dans le centre du pays  

La situation dans le centre du Mali reste très préoccupante. Selon le rapport, les milices d’autodéfense et les groupes extrémistes ont continué d’exploiter les conflits intercommunautaires, ce qui a entraîné une violence continue contre les civils et des problèmes de sécurité, touchant principalement les cercles de Bankass, Bandiagara, Douentza et Koro. La milice d’autodéfense dogon, Dan Nan Ambassagou, aurait recruté de force des villageois dogons dans ses rangs et aurait exercé des représailles contre ceux qui refusaient de se joindre à elle. Les extrémistes ont également poursuivi leurs attaques contre les forces de défense et de sécurité maliennes, tout en consolidant leur présence dans la région de Ségou. Les affrontements entre communautés et groupes terroristes ont également entraîné le blocus de plusieurs villages, rendant les conditions de vie de plus en plus pénibles.

Rétablissement de la présence et de l’autorité de l’État

Au 31 août, 17 % des administrateurs civils du nord du Mali et de la région de Mopti étaient physiquement présents dans leur lieu d’affectation, dont 29 % des préfets et 14 % des sous-préfets, soit une baisse de 5,5 % par rapport à la période précédente, qui tient à la persistance de l’insécurité et à l’aggravation de l’instabilité politique. La majorité des administrateurs font la navette entre leur lieu d’affectation et le cercle ou la capitale régionale la plus proche. Dans les régions de Ménaka et de Taoudenni, plusieurs postes restent vacants. 41. À la suite de l’enlèvement du sous-préfet le 17 juin dans le cercle de Diré, dans la région de Tombouctou, les deux principaux syndicats des administrateurs civils ont publié le 22 juin un communiqué commun appelant les membres qui ne se sentaient pas en sécurité dans leur lieu d’affectation à se replier vers la localité sécurisée la plus proche. Cela a incité plusieurs administrateurs civils à quitter leur lieu d’affectation, dont le préfet et tous les sous-préfets restants de Diré. Plusieurs administrateurs civils sont toujours aux mains de leurs ravisseurs, rapporte le SG.

Lutte contre l’impunité 

Les mesures prises par le Gouvernement pour faire face aux crimes commis dans le centre du pays, en violation du droit international des droits de l’homme et du droit humanitaire, restent largement insuffisantes. Les mesures judiciaires prises dans des affaires à grand retentissement, comme les attaques perpétrées à Ogossogou en mars 2019, à Sobane Da en juin 2019 et à Malémana en décembre 2019 qui ont fait au moins 206 morts parmi la population, n’ont guère eu d’effets. Cependant, le rapport précise qu’une enquête judiciaire a été ouverte sur l’attaque perpétrée à Ogossagou en février 2020. Signe encourageant, en juillet, des poursuites ont été engagées contre les militaires soupçonnés d’être impliqués dans les faits survenus dans le centre du Mali, notamment l’attaque perpétrée contre Binédama le 5 juin, au cours de laquelle 37 personnes au moins ont été sommairement exécutées (31 hommes, 3 femmes et 3 enfants) pendant une opération militaire des forces nationales. Les mandats d’arrêt n’ont pas encore été lancés.

La situation en matière de sécurité est restée très préoccupante

La situation en matière de sécurité est restée très préoccupante, les attaques de groupes extrémistes contre les civils et les forces de sécurité nationales et internationales dans le nord et le centre du Mali se poursuivent sans relâche. Les affrontements entre les groupes affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et à l’État islamique du Grand Sahara se sont poursuivis, principalement dans la région de Gao, en raison de l’expansion continue de l’État islamique du Grand Sahara du centre du Mali vers le nord et la zone des trois frontières. Le 31 juillet, des douaniers, dans la ville de Sikasso, et le 4 août, un poste de gendarmerie, dans la ville de Kayes, ont été attaqués par des assaillants non identifiés, qui seraient affiliés à des groupes terroristes. Dans la ville de Gao, des tensions entre les populations arabe et songhaï ont éclaté le 20 août. Le 26 août, à la suite d’une réunion entre les communautés, un mémorandum d’accord visant à favoriser un environnement sûr dans la région de Gao a été signé par des notables des communautés songhaï, arabe, touareg et peule. La Coordination des mouvements de l’Azawad a continué d’étendre son influence dans les régions de Kidal et de Tombouctou et reste le principal garant de la sécurité dans la région de Kidal.

En juillet, des affrontements ont repris entre différentes communautés arabes affiliées au Mouvement arabe de l’Azawad-Plateforme (OuldIch) et au Mouvement arabe de l’Azawad-Coordination (Tourmouz), à Lerneb, dans le district de Goundam (région de Tombouctou). Malgré un accord négocié par les autorités mauritaniennes dans la zone frontalière, des affrontements le 2 août ont fait 15 morts. En août, la MINUSMA a apporté son appui au processus de médiation lancé par le Gouverneur de Tombouctou et à une mission d’enquête de l’équipe mixte d’observation et de vérification, qui a conclu qu’il s’agissait d’une violation du cessez-le-feu, dont la Commission technique de sécurité serait saisie à sa prochaine réunion.

Attaques asymétriques et autres  

Les forces nationales et internationales, la MINUSMA et les groupes armés signataires ont essuyé 84 attaques asymétriques ; 49 % d’entre elles se sont produites dans le nord du Mali : 11 attaques ont eu lieu dans la région de Gao, 9 à Kidal, 7 à Ménaka et 14 à Tombouctou. Le centre du Mali a été le théâtre de 48,8 % des attaques : 33 attaques se sont produites dans la région de Mopti et 8 dans celle de Ségou, soit une augmentation par rapport à la période précédente, au cours de laquelle 30 attaques avaient été enregistrées contre les forces de sécurité et les groupes signataires. Les Forces de défense et de sécurité maliennes ont été la cible de 47 attaques, qui ont fait 108 morts et 201 blessés. Les attaques les plus meurtrières ont eu lieu le 14 juin à Bouka, dans le cercle de Niono (région de Ségou), et le 2 juillet à Gouari, dans le cercle de Bankass (région de Mopti), faisant 27 morts parmi les soldats et 5 disparus à Bouka, et 9 morts et 6 blessés à Gouari.

La MINUSMA a subi 29 attaques, qui ont fait deux morts et 40 blessés parmi les soldats de la paix. Le nombre d’attaques a augmenté par rapport à la période précédente (26), de même que le nombre de morts, 24 blessés parmi les soldats de la paix ayant été enregistrés la période précédente et aucun mort. C’est dans la région de Mopti que l’on continue d’enregistrer le plus grand nombre d’attaques (14), suivie des régions de Kidal (8), de Ménaka (3), de Gao (2) et de Tombouctou (2). Le 13 juin, deux soldats de la paix ont été tués à la suite de l’attaque d’un convoi logistique de la MINUSMA, à 93 km au nord-est de la ville de Gao. Le 7 juillet, le camp de la MINUSMA à Tessalit, dans la région de Kidal, a essuyé des tirs indirects. Il n’y a eu ni victimes ni dégâts matériels. Au cours du premier semestre 2020, le nombre d’attentats aux engins explosifs improvisés contre la MINUSMA a augmenté par rapport à la même période en 2019, passant de 25 à 41. Alors que le nombre de blessés parmi les soldats de la paix est passé de 22 à 58, le nombre de morts n’a que légèrement augmenté, passant de 3 à 4, en partie grâce au renforcement de la formation de la Mission en matière de lutte contre les engins explosifs et à l’amélioration de son matériel.

Les groupes armés signataires ont fait face à sept attaques au cours de la période considérée, à la suite desquelles sept de leurs membres sont morts et six ont été enlevés. Le 9 juillet, des hommes armés non identifiés ont enlevé le commandant de la base du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad à Amrouch, dans la commune de Gargando (cercle de Goundam, région de Tombouctou).

Protection des civils  

Malgré l’action menée par les forces nationales pour renforcer les mesures de protection avec le concours de la MINUSMA, les civils, toutes communautés confondues, ont continué d’être la cible d’attaques, en particulier dans le centre du Mali. Au 31 août, 343 cas avaient été signalés : 375 civils avaient été tués, 450 blessés et 93 enlevés dans l’ensemble du Mali. Les actes de violence ont donc augmenté par rapport à la période précédente où 293 cas avaient été signalés : 266 civils avaient été tués, 189 blessés et 44 enlevés. Les civils de la région de Mopti ont été les plus touchés avec 165 cas : on a dénombré 248 morts, 100 blessés et 49 personnes enlevées (48 % de tous les cas concernant des civils). Si le nombre global d’accidents liés à des engins explosifs improvisés est resté constant, le nombre de victimes civiles dans le centre a augmenté du fait d’une plus grande utilisation du type d’engins explosifs improvisés déclenchés par les victimes : 153 cas au cours du premier semestre 2020 (35 morts et 118 blessés), contre 108 au cours de la même période en 2019. Dans la région de Gao, la MINUSMA a enregistré une hausse de la violence contre les civils, malgré le récent retour dans la ville frontalière de Labézanga des forces de défense maliennes, qui bénéficient de son appui. Les civils le long de l’axe Gao-Labézanga et dans la zone voisine de Liptako-Gourma ont continué de subir des violences et des menaces, qui les poussent à partir. La MINUSMA est en train d’accroître sa présence dans la région.

Le 15 juin, la MINUSMA a adopté de nouvelles instructions permanentes concernant l’alerte et l’intervention rapides. Grâce à de nouveaux outils en ligne, tels que le formulaire de suivi des alertes rapides, testé dans la région de Mopti en août et mis en service dans les autres régions en septembre, la MINUSMA peut faire une analyse systématique complète d’une opération immédiatement après qu’elle a eu lieu de sorte à améliorer en permanence ses interventions rapides. La Mission a affiné davantage son outil pilote fondé sur les données qui lui permettent de mesurer l’effet de ses mesures de protection des civils et l’utilise aussi pour les opérations que la Force mène dans d’autres régions que celle de Mopti. Des mesures sont prises pour installer des lignes téléphoniques gratuites permettant aux civils d’informer la MINUSMA de menaces imminentes dans toute la zone qu’elle couvre. Les moyens aériens devront cependant être à la hauteur si la Mission veut déployer des moyens d’action rapides pour protéger les civils.

Capacités de la Mission  

Le Secrétaire général de l’ONU révèle qu’au 14 septembre, 93,6 % de l’effectif militaire autorisé de 13 289 membres était déployés, soit 12 438 personnes, dont 33 observateurs militaires, 445 officiers d’état major et 11 960 membres des contingents. Les femmes représentaient 3,6 % du personnel militaire. S’agissant de la police de la même date, 1 712 policiers, soit 89,1 % de l’effectif autorisé de 1 920 membres, étaient déployés, dont 266 à titre individuel et 1 446 au sein d’unités de police constituées. Les femmes représentaient 11,9 % du personnel de police. Enfin le personnel civil est 90 % de l’ensemble du personnel civil de la MINUSMA était déployé, notamment 94 % des membres du personnel recruté sur le plan international (26 % de femmes), 81 % des Volontaires des Nations Unis (30 % de femmes) et 89 % des membres du personnel recruté sur le plan national (16 % de femmes).

M.L. KONE

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