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MALI-FRANCE–SAHEL Sommet de N’Djamena: que faut-il en attendre ?

MALI-FRANCE–SAHEL Sommet de N’Djamena: que faut-il en attendre ?

L’opération Barkhane semble, en ce moment, dans le creux de la vague. La perte malheureuse de cinq soldats en une semaine, les difficultés d’opérationnalisation de la force TAKUBA et celles encore plus grandes  du  G5  Sahel ont  contribué  à  cette  situation. 

Il  y  a  également l’impression d’un certain enlisement dans la guerre contre le terrorisme. Les éliminations annoncées de terroristes succèdent aux attentats lâches à l’engin explosif improvisé. Malgré les coups subis, l’empreinte terroriste globale se  maintient.  Elle  paraît  même  se  renforcer avec  une inclinaison  de  plus  en  plus  forte  de certaines autorités  sahéliennes  à négocier avec  les  terroristes.  Le  contexte  de désamour persistant  entre  la France et les opinions africaines et, cerise sur le gâteau, les sondages qui montrent, pour la première fois, que l’opinion publique française  est majoritairement contre l’opération,  contribuent  enfin  à assombrir  les  perspectives  de  cette  opération  pourtant  demandée  par  les  pays  sahéliens  et  encore bien soutenue par les Etats concernés. C’est le temps du doute et des questions importantes, illustré par de nombreux titres d’articles dans la  presse hexagonale et  internationale  qui sont  globalement  critiques et  portant des  jugements quelques fois excessifs sur l’intervention de l’armée française dans le Sahel.

La prévision d’un sommet entre la France et les pays du G5 Sahel à Ndjamena en février2021, ouvre la perspective de ces questionnements et, in fine, de l’avenir de l’opération Barkhane dans le Sahel. Le statut quo n’est pas tenable, il ne faut pas s’attendre à court terme à une éclaircie sur chacun des fronts  évoqués précédemment. Les  seuls  succès  militaires  ne  suffiront  pas,  au  contraire!  Il  y  a un risque réel que d’éventuelles pertes  de  soldats supplémentaires ne  rendent  Barkhane  encore  plus impopulaire en France. Ce qui suscitera inévitablement des pressions plus grandes pour son retrait. La période électorale qui s’ouvre dans le pays, est susceptible d’amplifier ces débats et d’offrir un cadre propice aux surenchères populistes de tous ordres. Il est de ce fait impératif d’anticiper les difficultés qui s’annoncent. Le prochain sommet offre un cadre idéal pour cela. De manière stratégique, il doit être assigné à l’opération Barkhane une piste de sortie, assortie d’un chronogramme de retrait progressif. Cela passera par une réduction des  troupes en 2021 comme d’ailleurs annoncé. Cette réduction est à faire suivre d’un plan de retrait sur une période donnée avec, à terme, la réduction de l’opération en une présence de forces spéciales et un appui opérationnel aux troupes du Sahel (renseignements, observations, soutiens aériens divers).Le contexte est favorable à cette nouvelle orientation.

A  partir  de  2022,  la  France  et l’essentiel des pays du Sahel  auront  des  cycles électoraux quasi concordants (2021 au Tchad et au Niger, scrutins effectifs en Mauritanie et au Burkina, 2022 au Mali), ce qui offrira un contexte de stabilité institutionnelle à l’engagement d’une  véritable  stratégie coordonnée, sur  la  période  2022-2025.Cela doit se traduire par  une  montée  en  puissance  réelle  et vérifiable des Etats sahéliens quant au traitement du défi terroriste et sécuritaire, parallèlement à la réduction progressive de la présence du partenaire français. Le sommet  de  N’Djamena, outre  les actions  immédiates et  opérationnelles relatives aux dossiers en cours, pourra ouvrir la perspective de cette orientation stratégique majeure qui voudra également dire que les Etats du Sahel doivent s’engager davantage dans le traitement de leurs propres difficultés.

Ils doivent définitivement s’éloigner du syndrome du« pays faible à protéger »ou encore de l’argutie de la« digue contre le terrorisme international menaçant l’Europe ».Ils doivent le faire ensemble, mais ils doivent également enjoindre à chacun d’entre eux, de faire sa part du travail. Dans ce domaine, le fardeau le plus lourd revient à notre pays, le Mali. L’Etat malien doit enfin se saisir du«  dossier Mali  »et s’engager de manière déterminée dans son traitement. Il doit le faire avec une ambition stratégique, celle de gagner enfin le cœur des populations maliennes. C’est la clé du succès et cela est valable pour les autres pays confrontés à  la  donne terroriste. Ce  combat  ne  peut  être mené ni par  les  forces étrangères seules, ni par  les seules forces  armées maliennes.

Il  faut  une  action  coordonnée  de  toutes  les  dimensions  étatiques ainsi qu’une  forte implication du leadership du pays. Nous avons à emprunter sans délai cette voie et le faire en retenant que la présence de l’administration est indispensable pour gagner le soutien des populations et que l’exercice de la justice est encore plus crucial pour atteindre cet objectif. L’équité dans le fonctionnement de l’administration et ses rapports avec  les  citoyens,  la  protection de  ces derniers ainsi que la satisfaction de  leurs besoins demeurent prioritaires. Nous ne gagnerons cette guerre qu’à ce prix. Nous  devons  impérativement  monter  en première ligne pour ce faire et obtenir de nos alliés leurs accompagnements. C’est à ce partenariat  que  le  sommet  de  N’Djamena  doit  essayer  de  nous  convier. Un  partenariat stratégique, avec le soutien de la communauté internationale, sur base d’engagements précis de nos pays, assortis d’objectifs tactiques mesurables à  atteindre  sur  chaque  période, est  le seul  à  même d’offrir un cadre idéal pour la résolution des problèmes sahéliens. Et permettre en même temps que le  retrait  des  troupes  étrangères,  dont  Barkhane,  ne  soit pas considéré  comme  un  repli,  voire  une fuite! Il est donc attendu que la rencontre de N’Djamena soit d’abord un moment politique de vérité avant d’être un sommet militaire, avec un zest de vision stratégique!

Moussa MARAwww.moussamara.com

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