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PDG de l’OPAM, Youssouf Maiga « L’OPAM est un pan important pour la lutte contre l’insécurité alimentaire au Mali »

PDG de l’OPAM, Youssouf Maiga « L’OPAM est un pan important pour la lutte contre l’insécurité alimentaire au Mali »

Pour découvrir et faire découvrir davantage l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM) nous avons sollicité une interview avec son Président directeur général, Youssouf Maiga. Dans cet entretien, le PDG Maiga, nous parle du rôle, de l’objectif et de la vision de sa structure pour faire face aux défis de la sécurité alimentaire. Lisez-le plutôt !

Journal Le Fondement : Qu’est-ce que l’OPAM ?

Youssouf Maiga : L’OPAM est une structure publique à caractère industrielle et commerciale qui a été créée en 1965. Aujourd’hui l’Opam joue un rôle central dans la mise en œuvre de la politique du gouvernement dans le cadre de la sécurité alimentaire. Donc c’est un pan important pour la lutte contre l’insécurité alimentaire au Mali. Elle est chargée d’une mission d’ordre public et aussi d’ordre commercial. Comme missions de service public de l’Opam, nous avons la gestion de stock national de sécurité. C’est un stock national de sécurité qui est fixé à 35 000 tonnes et aussi l’Opam gère le stock d’intervention de l’Etat qui est constitué de 25 000 tonnes de riz. Les précédents de stock national de sécurité  sont constitués essentiellement de mil, de sorghos et de maïs. Elle doit gérer ces stocks pour pouvoir intervenir dans les zones en difficultés. Elle apporte les céréales aux populations qui sont dans le besoin et  identifiées dans le cadre d’investigation menée par le Système d’alerte précoce (SAP) qui identifie les zones à risques et les populations touchées. Quant aux missions commerciales, au passage je vous dis aussi que l’Opam gère les aides alimentaires. Quant un pays fait une donation au Mali cela est reçue et gérée par l’OPAM.

JLF : Quelles sont les stratégies de l’Opam pour identifier les nécessiteux?

YM : C’est le SAP qui fait l’identification des nécessiteux et aussi les zones à risques. Il mène les enquêtes, lesquelles sont harmonisées à travers tous les pays de la sous région. C’est ce qu’on appelle ‘’le cadre harmonisé’’. Dans ce cadre harmonisé, les prévisions sont faites au mois de novembre et le besoin définitif est connu au mois de mars. Après cela il y a le Conseil national de la sécurité alimentaire qui statue sur le travail qui a été fait à ce niveau et autorise alors à ce que les appuis puissent arriver aux populations qui sont touchées. Et dans ses enquêtes, le SAP identifie les populations qui sont vraiment touchées. Notons qu’il y a des populations qui nécessitent vraiment l’intervention d’urgence, il y a des populations qui doivent être vraiment surveillées et qui peuvent d’un moment à l’autre tombées dans une situation de précarité. Il faut aussi voir tout cela et voir quelle assistance est apportée à ces populations. Chaque année l’État veille vraiment à ce que ces populations vulnérables puissent être assistées. Quand le conseil national décide que l’appui soit autorisé à ces personnes démunies, l’Opam prend des dispositions pour mettre en œuvre cette décision. Donc apporter l’aide aux populations concernées.

JLF : Quelles sont les difficultés que l’Opam rencontre dans l’exécution de sa mission?

YM : Bien sûr, elle rencontre des difficultés mais il faut savoir les surmonter. La difficulté majeure que nous avons c’est celle que tous les pays connaissent : le financement. Parce que ce n’est pas facile de mobiliser le financement pour faire face à certaines urgences. Souvent il y a des céréales qu’il faut acheter et déplacer. Ce qui ne peut se faire sans argent. Nous pensons que quand le pays va positivement se stabiliser, ces problèmes seront derrière nous. Qu’à cela ne tienne nous essayons de pouvoir joindre les bouts aussi à travers certaines missions commerciales que nous avons lancé. Nous développons nos missions commerciales pour mobiliser les ressources financières additionnées pour faire face à certaines dépenses parce qu’on ne peut pas attendre tout de l’Etat. Il faut qu’à terme l’Opam puisse se développer et pouvoir même possiblement ne pas dépendre tout à fait de l’État par rapport à beaucoup de choses. Car si tout devait dépendre de l’État, à un moment donné ça serait difficile. Il y a d’autre besoin plus urgent même si la sécurité alimentaire est un pan important, il va s’en dire que l’État n’a pas tous les moyens pour satisfaire à hauteur de souhait toutes les dépenses. Donc il va falloir que nous aussi à notre niveau, imaginer d’autres stratégies pour mobiliser le financement et faire face à nos missions.

JLF : Pouvez-vous nous parler du réseau dont vous êtes le président ?

YM : Oui c’est le Réseau des structures publiques en charge de la gestion des stocks nationaux de sécurité alimentaire au sahel et en Afrique de l’ouest (RESOGEST) qui regroupe les 15 pays de la CEDEAO plus le Tchad et la Mauritanie. Donc c’est un réseau dont l’assemblée générale constitutive a eu lieu les 16et 17 octobre 2017 à Accra et à l’issu des travaux j’étais porte à la tête d’un bureau de 7 membres pour un mandat d’une année renouvelable. C’est un réseau qui est reconnu par la CEDEAO et par le Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS). D’ailleurs en 2012 il y a eu un cadre de coopération de gestion qui a été signé par les États membres de la CEDEAO qui s’engagent à mutualiser de 5% de stocks nationaux de la sécurité alimentaire au profit de la réserve régionale. Il est entrain de jouer un rôle important dans la solidarité et dans la mise en œuvre des actions de la sécurité alimentaire dans notre espace régional. Tous les pays membres  font les échanges avec la CEDEAO et le CILSS pour voir réellement comment il faut faire aujourd’hui pour que les structures nationales puissent jouer un rôle important dans la sécurité alimentaire dans nos différents pays. Parce que dans la sécurité alimentaire il y a trois niveaux de défenses. Le premier niveau de défense concerne le stock de proximité, deuxième niveau c’est le stock national et le troisième niveau c’est la réserve régionale. Alors, il faudrait maintenant que les deux premiers niveaux soient défaillants pour qu’on fasse appel à la réserve régionale. Nous faisons en sorte que la réserve régionale puisse profiter à tous les pays qui en ont besoin. Si un pays est dans la difficulté d’emblés les autres pourront intervenir rapidement pour endiguer le mal avant qu’il ne s’amplifie. Donc c’est ça aussi le rôle que le RESOGEST est appelé à jouer, un rôle central dans tout ce que nous faisons. Récemment à Lomé nous en avons parlé, les commissaires à la sécurité alimentaire, le commissaire chargé de l’agriculture de la CEDEAO, tous avons envisagé de réfléchir qu’à terme dans très peu de temps même que le RESOGEST puisse gérer la réserve régionale. Parce qu’il faut vraiment une gestion commune donc le réseau a été créé sous forme de d’association internationale qui regroupe les structures publiques en charge de la gestion du stock national. Nous sommes très actives dans l’exécution de la volonté partagée par les chefs d’Etat qui est d’assurer la sécurité alimentaire et qu’aucun citoyen de la CEDEAO et de la CILSS ne puisse souffrir de faim. Donc c’est une volonté que nous avons l’obligation de traduire en réalité.

JLF : Quel message voulez-vous lancer à l’ endroit de la population concernant l’OPAM?

YM : L’Opam est là et elle a été créée par l’État pour servir les populations. C’est fait vraiment pour que nous puissions intervenir dès qu’on sent qu’il y a des populations qui sont menacées. Aujourd’hui ce n’est pas normal qu’il y ait des populations souffrant de faim, parce que la production agricole suffit. Cette année la production agricole s’estime à 10 millions de tonnes donc en principe cela permet à chaque malien de trouver quelques choses. L’Opam est là aussi pour vraiment faire en sorte que nous puissions stabiliser le pays. Parce que nous achetons les stocks et ils ne devraient pas dépasser 3 ans dans les magasins alors il faut une orientation technique chaque année. Ce qui veut dire qu’à un moment donné nous versons une partie sur les marchés en faisant en sorte que les prix soient abordables pour les consommateurs. Nous agissons souvent dans la période de la production si nous soutenons la production, nos paysans auront quelques choses et après nous allons revendre pendant la période de la soudure. Nous sommes entrain de réfléchir pour renforcer nos missions surtout en soutenant constamment les productions. Par exemple en soutenant les producteurs nous pouvons acheter les riz à 300 000 F CFA par tonnes (à titre d’exemple) pour revendre après la subvention de l’État à 250 000 F CFA par tonnes aux grossistes et ces derniers auront l’obligation de les revendre à des prix abordables aux consommateurs. Les prix seront, bien entendu, contrôlés et surveillés sur les marchés. Si nous faisons cela vous verrez que notre riz local qui est de bonne qualité serait moins cher aux marchés que les riz importés. Cela pourra décourager l’importation en boostant les productions locales. Il faut retenir qu’aujourd’hui l’agriculture constitue un moteur de développement dans nos pays et il faut qu’on s’y attache. Au Mali, le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita a accordé 15% du budget national au secteur du développement rural et beaucoup de pays n’ont pas atteint ce niveau donc il faut le saluer. Mais il ne faut pas qu’on s’arrête en si bon chemin; nous devons aller de l’avant. Que les paysans sachent réellement que le soutien de l’Etat est plus accentué et qu’ils peuvent produire en toute sérénité. Et qu’aussi en aval les consommateurs soient rassurés au prix d’achat de ces céréales là. Voilà les projets que nous voulons mettre en œuvre pour soulager nos populations. En le réalisant beaucoup de choses vont changer au pays. Parce que si les gens n’ont pas accès aux céréales et ils auront toujours faim et toujours ils se plaindront et cela n’est pas bon.

Interview réalisée par B. KONE

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